Autour des dernières sonates de Schubert
Deux récitals librement construits autour des deux dernières sonates de Schubert.

 

 

Mardi 17 Décembre 2019 à 20h

LA CINQUIEME MESURE
 

Schubert: Six moments musicaux D780

Kurtag: Jatékok

Schubert: Sonate en la Majeur D 959

Mardi 25 Février 2020 à 20h

LA PROMENADE
 

Thomas Adès: Darknesse visible

Othman Louati: Aphorisme n°3

Bach/Kempff: Ich ruf zu dir

Kurtag: Jatékok

Brahms/Busoni: Herzlich tut mich verlangen opus 122 n°11

Bach: 1ère Partita BWV 825

Schubert: Sonate en si bémol Majeur D960

LA CINQUIEME MESURE

 

« au centre - en haut, 

devant - à gauche,

 à droite,

- dans l’angle tout en haut ! »

 

A la manière de l’incroyable Laudatio pour Ligeti dans lequel Kurtàg fait appel à l’espace pour évoquer simultanément ses souvenirs de Ligeti, c’est une géographie particulière qu’il faudrait pour décrire les liens personnels, présents, passés, subjectifs qui relient les pièces de ce programme…autant de fils, de résonnances qui ne constituent pas un cheminement chrono-logique mais plutôt un tissu d’affinités, d’incidences auquel je prête un sens, et que je ne peux qu’évoquer dans le désordre.

 

Peut-être commencer par l’idéal de beauté de Kurtág, que je partage modestement : le second mouvement de la symphonie inachevéede Schubert, dont l’intensité se rapproche à mon sens de l’Andantino de la Sonate D 959, « habillé » dans une très grande forme. Je vois une prémonition de ce mouvement dans le 2èmemoment musical, au sein d’un cycle de six courtes pièces écrites à différentes périodes de la vie de Schubert.

 

Dire ensuite les Six moments musicaux de Kurtág, pour quatuor à cordes, évidemment tournés vers Schubert, et écrits pour le concours de Bordeaux, dont deux mouvements peuvent se jouer au piano : In memoriam György Sebök- mon regretté professeur- et Les adieux (à la manière de Janacek). L’envie naturelle de les jouer en réponse aux moments musicaux de Schubert.

 

Dire aussi mon questionnement sur ce parallèle Schubert/Kurtág, après avoir exploré la combinaison avec  Bach que György Kurtáget Márta son épouse ont initiée dans leurs programmes à 4 mains, et l’immédiate question de la forme : presque jamais de retour en arrière ou de reprise chez Kurtág, et presque toujours chez Schubert…l’audace d’essayer de contredire cela, de s’amuser avec ces « jeux » et de cette fois changer le regard sur les pièces de Kurtág en fabriquant des petites formes « Schubertiennes »: répondre à l’hommage à Bach qu’est le 4èmemoment musical de Schubert par l’hommage à J.S.B de Kurtág, et d’en imiter la forme, en y intercalant l’hommage à Schubertde Kurtág comme partie centrale … faire se rejoindre et se répondre deux valses pourtant bien différentes et construire une forme ternaire comme on le faisait au temps des valses…

 

Parler aussi de la difficulté du choix devant les centaines de pièces des neuf cahiers de « Jeux »publiés à ce jour, essayées et combinées dans le doute : les pièces travaillées avec Kurtág, riches de ce travail mais toujours fragiles par nature, mais aussi celles, nombreuses, dont la partition est le seul repère et où il faut se fier au souvenir du travail sur les autres pour appréhender le contenu tant l’écriture de Kurtág laisse la place aux contresens.

 

Enfin, bien sur, le souvenir de l’incroyable complicité et complémentarité de György et Márta Kurtág, leur absolue et redoutable honnêteté, et la tristesse de la mort toute récente de Marta qui résonne pour moi avec la tentative de jouer seul des pièces écrites pour 4 mains.
 

Jean-Sébastien Dureau – Décembre 2019

LA PROMENADE

Pour ce deuxième programme autour des dernières sonates de Schubert, en plus d’un choix de Jatékok (Jeux) de György Kurtág, j’ai souhaité intégrer des œuvres de Bach, Brahms, Thomas Adès et Othman Louati.

Un lien tenace et lumineux relie pour moi la sonate D960 de Schubert à la première Partita de Bach. A un siècle d’intervalle, ces deux œuvres partagent la couleur et la lumière de leur tonalité mais aussi - au moins dans leur commencement -  un état de grâce particulier, d’ouverture absolue et désarmée, étonnant point de départ d’une construction complexe et développée.


C’est par la première partita que Bach ouvre le premier volume (opus 1 !) de son Klavierübungqui contient les six partitas pour clavier, et avec la sonate D960 que Schubert livre sa dernière pièce de grande envergure. Deux chemins bien différents mais qui se croisent lorsque Schubert ouvre sa sonate par une citation du chant de Noël « Adeste Fideles », et rejoint pour un instant la sérénité confiante de Bach.

Ce point de rencontre, cette intimité livrée, ce recours à la foi aussi me semblent unir les autres pièces du programme :  l’explosion  fantomatique de la chanson « In Darkness Let me dwell »de John Dowland par Thomas Adès, la réminiscence post-romantique viennoise du jeune compositeur Othman Louati dans son 3èmeaphorisme, le choral de Bach« Ich ruf zu dir» trancrit par Wilhelm Kempff, les feuillets de journal intime que sont les Jatékok de György Kurtág, et enfin une des ultimes pièces de Brahms pour orgue transcrite pour piano par Busoni

 

Jean-Sébastien Dureau - Février 2020

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