La cinquième mesure

December 31, 2019

 

 

Mardi 17 Décembre 2019 *

Schubert : Six moments musicaux D 780

Kurtág : Jatékok (Jeux)

Schubert : Sonate D 959 en la Majeur

 

 

Mardi 25 Février 2020

Bach: 1ère partita en si bémol Majeur

Kurtág: Jatékok (Jeux)

Schubert: Sonate D 960 en si bémol Majeur

 

 Galerie Hus / Paris / 20h

 

 

 

 

 

* à propos du programme du 17 Décembre 2019:

 

« au centre - en haut, 

devant - à gauche,

 à droite,

- dans l’angle tout en haut ! »

 

A la manière de l’incroyable Laudatio pour Ligeti dans lequel Kurtàg fait appel à l’espace pour évoquer simultanément ses souvenirs de Ligeti, c’est une géographie particulière qu’il faudrait pour décrire les liens personnels, présents, passés, subjectifs qui relient les pièces de ce programme…autant de fils, de résonnances qui ne constituent pas un cheminement chrono-logique mais plutôt un tissu d’affinités, d’incidences auquel je prête un sens, et que je ne peux qu’évoquer dans le désordre.

 

Peut-être commencer par l’idéal de beauté de Kurtág, que je partage modestement : le second mouvement de la symphonie inachevéede Schubert, dont l’intensité se rapproche à mon sens de l’Andantinode la Sonate D 959, « habillé » dans une très grande forme. Je vois une prémonition de ce mouvement dans le 2èmemoment musical, au sein d’un cycle de six courtes pièces écrites à différentes périodes de la vie de Schubert.

 

Dire ensuite les Six moments musicaux de Kurtág, pour quatuor à cordes, évidemment tournés vers Schubert, et écrits pour le concours de Bordeaux, dont deux mouvements peuvent se jouer au piano : In memoriam György Sebök- mon regretté professeur- et Les adieux (à la manière de Janacek). L’envie naturelle de les jouer en réponse aux moments musicaux de Schubert.

 

Dire aussi mon questionnement sur ce parallèle Schubert/Kurtág, après avoir exploré la combinaison avec  Bach que György Kurtáget Márta son épouse ont initiée dans leurs programmes à 4 mains, et l’immédiate question de la forme : presque jamais de retour en arrière ou de reprise chez Kurtág, et presque toujours chez Schubert…l’audace d’essayer de contredire cela, de s’amuser avec ces « jeux » et de cette fois changer le regard sur les pièces de Kurtág en fabriquant des petites formes « Schubertiennes »: répondre à l’hommage à Bach qu’est le 4ème moment musical de Schubert par l’hommage à J.S.B de Kurtág, et d’en imiter la forme, en y intercalant l’hommage à Schubert de Kurtág comme partie centrale … faire se rejoindre et se répondre deux valses pourtant bien différentes et construire une forme ternaire comme on le faisait au temps des valses…

 

Parler aussi de la difficulté du choix devant les centaines de pièces des neuf cahiers de « Jeux »publiés à ce jour, essayées et combinées dans le doute : les pièces travaillées avec Kurtág, riches de ce travail mais toujours fragiles par nature, mais aussi celles, nombreuses, dont la partition est le seul repère et où il faut se fier au souvenir du travail sur les autres pour appréhender le contenu tant l’écriture de Kurtág laisse la place aux contresens.

 

Enfin, bien sur, le souvenir de l’incroyable complicité et complémentarité de György et Márta Kurtág, leur absolue et redoutable honnêteté, et la tristesse de la mort toute récente de Marta qui résonne pour moi avec la tentative de jouer seul des pièces écrites pour quatre mains.
 

Jean-Sébastien Dureau – Décembre 2019

 

 

 

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